Quand on apprend très tôt à ne pas s’écouter
- 10 mars
- 3 min de lecture
Comment le conditionnement extérieur nous éloigne peu à peu de notre ressenti intérieur — et comment retrouver sa boussole intérieure.
Nous naissons avec une capacité très simple : sentir.
Sentir la faim.
Sentir le froid.
Sentir l’envie de bouger, de jouer, d’explorer.
Sentir la fatigue, le besoin de repos
...

Au début, le corps sait très bien ce qui est juste pour lui.
Puis, petit à petit, l’extérieur commence à intervenir.
Cela commence souvent par des phrases très simples :
« Termine ton assiette pour faire plaisir. »
« Mets une veste, tu vas avoir froid. »
« Non, on ne fait pas ça ici. »
« Attends ton tour. »
« Ce n’est pas le moment. »
Pour ma part, je me souviens très bien de ces moments autour de la table.
Je devais rester assise devant mon assiette jusqu’à ce qu’elle soit terminée.
Et parfois, mon corps semblait dire très clairement qu’il n’avait plus faim. Ou que les aliments présents ne résonnaient pas avec lui.
Un souvenir particulièrement marquant me revient.
J’avais moins de dix ans. Nous étions en vacances en Espagne avec ma famille.
Je suis restée presque deux heures — une éternité à cet âge — devant une assiette avec une salade de tomates qui me donnait envie de vomir.
Je me retrouvais alors face à un choix étrange pour un enfant :
écouter ce que je ressentais…ou faire ce qui était attendu pour pouvoir quitter la table et aller jouer...enfin!
Ce genre de scène paraît banal.
Mais pour beaucoup d’enfants sensibles, c’est l’un des premiers moments où l’on apprend à douter de ce que l’on ressent.
Je ne me souviens plus si j’ai fini cette assiette.
Mais je me souviens très bien des sensations :
L’injustice,
L’incompréhension,
L’impuissance,
La colère.
Et surtout cette question silencieuse :
pourquoi ?
Bien sûr, certaines règles sont nécessaires. D’autres permettent simplement de vivre ensemble. Mais peu à peu, quelque chose s’installe.
L’attention se déplace.
Au lieu de sentir ce qui se passe à l’intérieur, on apprend à regarder ce qui est attendu à l’extérieur.
Très tôt, les enfants comprennent une chose essentielle :
Pour être acceptés, il faut savoir s’ajuster.
Alors ils observent.
Ils ressentent l’ambiance. Les réactions. Les attentes.
Et ils apprennent à se positionner en fonction de cela.
Ce mécanisme est extrêmement intelligent.
Il permet de créer du lien. De vivre ensemble.
Mais lorsqu’il devient constant, il peut avoir un effet inattendu :
le repère intérieur commence à s’effacer.
Avec le temps, certaines personnes deviennent très habiles à s’adapter.
Elles savent :
Ce qu’il faut dire
Ce qu’il vaut mieux taire
Quand prendre de la place
Quand se faire discrètes
Et souvent, elles réussissent très bien dans cela.
Mais intérieurement, quelque chose peut se perdre.
La capacité à sentir simplement :
Ai-je faim ou pas ?
Ai-je besoin de repos ?
Est-ce que cela me fait du bien ?
Est-ce que cela me correspond ?
Revenir à soi ne signifie pas rejeter tout ce qui vient de l’extérieur.
Cela signifie simplement redonner de la place à l’intérieur.

Pour recommencer à sentir :
Les signaux du corps
Les élans spontanés
Les moments où quelque chose se détend…
ou au contraire se contracte.
Petit à petit, un repère intérieur réapparaît.
Comme une boussole.
Le conditionnement extérieur n’est pas un problème en soi.
Il fait partie de la vie en société.
Mais lorsque l’on n’a appris qu’à regarder vers l’extérieur, il peut devenir difficile de savoir :
ce qui est réellement juste pour soi.
Revenir à cet endroit demande du temps.
Mais c’est souvent là que la vie redevient plus simple, plus fluide, plus vivante.
C’est précisément ce mouvement que j’explore dans mes accompagnements :
apprendre à reconnaître les mécanismes d’adaptation, écouter le corps et retrouver un repère intérieur stable.
Jessalynn




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