Ce que l’on projette sur l’autre
- 28 mai
- 3 min de lecture
L’autre jour, j’ai entendu un parent dire à son enfant :
« Arrête de pleurer pour ça, ce n’est pas si grave. »
Et je me suis demandé :
À quel moment décide-t-on que ce que ressent l’autre est “trop” ?
Lorsque l’on devient parent, quelque chose de particulier se joue.
L’enfant vient toucher des endroits très profonds en nous.
Nos émotions.
Nos peurs.
Nos blessures.
Nos propres apprentissages.
Et souvent, sans même nous en rendre compte, nous regardons l’enfant à travers notre propre prisme.
Un enfant qui pleure beaucoup devient “trop sensible”.
Un enfant qui bouge beaucoup devient “épuisant”.
Un enfant qui exprime fortement ses émotions devient “difficile”.
Mais parfois, ce n’est pas réellement l’enfant qui dérange.
C’est ce qu’il vient réveiller en nous.
Et au fond, cela ne concerne pas uniquement les enfants.
C’est aussi présent dans nos relations de couple.
Dans le travail.
Entre collègues.
Avec nos proches.
Une personne qui pose ses limites devient “égoïste”.
Quelqu’un qui a besoin d’espace devient “froid”.
Une personne émotive devient “trop sensible”.
Comme si nous regardions constamment l’autre à travers notre propre manière de fonctionner.
À travers ce que nous avons appris à considérer comme acceptable… ou non.

Car nous avons, nous aussi, été façonnés.
Par notre éducation.
Par les regards des autres.
Par ce qui était autorisé… ou non.
Dans mon cas, cela a longtemps été en lien avec la nourriture.
Avec mes allergies.
Mes sensibilités.
Mes réactions du corps.
J’ai entendu :
« Tu es pénible. »
« Je ne pourrais pas vivre comme ça. »
« Tu sais combien d’enfants ne mangent pas à leur faim ? »
« Ça doit être dans ta tête. »
« C'est contraignant pour les autres. »
« Tu ne pourrais pas faire un effort exceptionnellement ? »
Et à force, quelque chose finit par se construire intérieurement.
Comme si ma réalité était “trop compliquée”.
Comme si je n’avais pas vraiment le droit de me plaindre.
Après tout… je pouvais quand même manger certaines choses.
Alors pourquoi cela prendrait-il autant de place ?
Mais aujourd’hui, je réalise autre chose.
Ces phrases ne parlaient pas uniquement de moi.
Elles parlaient surtout :
de l’inconfort des autres,
de leur difficulté à comprendre,
de leurs propres références,
de ce qui dépassait leur cadre habituel.
Et souvent, c’est ainsi que les projections se transmettent.
Sans mauvaise intention.
Mais avec des conséquences bien réelles.
À force d’entendre certains regards sur nous, nous finissons parfois par minimiser ce que nous vivons réellement.
Par douter de nos ressentis.
Par croire que nous sommes “trop”.
“Trop compliqués”.
“Trop sensibles”.
“Trop exigeants”.
Alors qu’au fond, nous essayons simplement de vivre avec une réalité que les autres ne perçoivent pas toujours.
Une fois que l’on commence à voir cela, quelque chose change aussi dans notre manière de regarder les autres.
On réalise que chacun évolue dans un monde intérieur différent.
Avec son histoire.
Ses blessures.
Ses limites.
Ses expériences.
Ses sensibilités.
Alors, peu à peu, une autre question apparaît :
Qu’est-ce que je suis en train de projeter sur l’autre ?
Cela ne veut pas dire tout accepter.
Mais peut-être apprendre à regarder avec plus de conscience.
Et surtout, remettre chacun à sa juste place.
Ne plus demander inconsciemment à l’autre de porter ce qui nous appartient.
Parce qu’au fond, nous ne voyons jamais totalement l’autre tel qu’il est.
Nous le voyons aussi à travers tout ce qui nous a construits.
Et peut-être qu’une partie du chemin consiste justement à apprendre à distinguer les deux. 🌿
Jessalynn
P.S. Ce sujet fait écho à un échange que nous avons eu avec Suzanne Lauriou dans un épisode de podcast autour de la suradaptation et des maladies dites invisibles.
Nous y parlons notamment du regard des autres, du corps, des allergies, de l’hypersensibilité et de cette tendance à minimiser ce qui ne se voit pas.
Et je crois profondément que cet épisode pourra résonner bien au-delà des maladies invisibles. 🌿
🎧 Épisode #11 — « T’as pas l’air malade » : vivre avec une maladie invisible(avec Jessalynn Bischof)
À retrouver ici :#11 T’as pas l’air malade’ : vivre avec une maladie invisible




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