Et si « ça dépend » était la réponse la plus juste ?
- 12 mai
- 3 min de lecture
Pendant longtemps, j’ai eu l’impression qu’il fallait répondre vite.
Oui ou non.
Ça va ou ça ne va pas.
Bien ou pas bien.
Comme si la vie pouvait se résumer à quelques cases.
Dans le quotidien, lorsqu’on nous demande :
« Ça va ? »
La plupart du temps, on répond :
« Oui, ça va. »
Pas forcément parce que c’est totalement vrai.
Mais parce que cette question appelle souvent une réponse rapide.
Une formule sociale.
Une manière de poursuivre la journée.
Sans trop s’arrêter.
Sans trop déranger.
Sans ouvrir un espace que ni l’un ni l’autre n’a peut-être vraiment le temps d’accueillir.
Et puis il y a une autre situation que j’ai souvent rencontrée.
Les rendez-vous médicaux.
Les formulaires.
Les anamnèses.
Avec cette question :
« En général, comment se déroule une journée type ? »
Et ma réponse spontanée a toujours été :
« Ça dépend. »
Ça dépend de la qualité de mon sommeil.
De ce qui traverse mon corps.
Du niveau de stress.
De ce qui s’est passé récemment.
De l’environnement dans lequel je me trouve.
...
Pendant longtemps, j’ai eu l’impression que cette réponse n’était pas la bonne.
Comme s’il fallait pouvoir résumer une réalité mouvante en une phrase simple.
Comme s’il fallait être stable.
Constante.
Prévisible.
Et, si possible, ne pas compliquer les choses.
Mais au fond, ce n’était pas ma réponse qui était trop compliquée.
C’était la case qui était trop petite.

Car lorsque je répondais :
« Ça dépend. »
Je sortais du cadre prévu.
Et je sentais parfois une forme d’inconfort chez l’autre.
Comme s’il devenait plus difficile de cocher une case qui n’existait pas.
Pendant longtemps, j’ai cru que c’était moi qui compliquais les choses.
Aujourd’hui, je vois plutôt que certaines réalités ne peuvent pas être réduites sans perdre une part de leur vérité.
Nous vivons dans un monde qui valorise la rapidité.
La performance.
La stabilité.
Les réponses claires.
Mais le vivant ne fonctionne pas ainsi.
Nous changeons en permanence.
Notre énergie fluctue.
Le corps réagit.
Les émotions nous traversent.
Le contexte influence profondément ce que nous vivons.
Répondre par oui ou par non permet parfois d’aller plus vite.
Mais aller plus vite ne signifie pas répondre juste.
« Ça dépend » demande autre chose.
Un temps d’arrêt.
Une observation plus attentive.
Une volonté de rester en contact avec ce qui est réellement là.
Ce n’est pas manquer de clarté.
C’est refuser de réduire la réalité à une réponse trop rapide.
Et c’est aussi une manière de ne pas se figer.
Car lorsque nous répondons trop vite, nous pouvons finir par nous définir.
Par nous coller une étiquette.
Et par nous sentir obligés de rester cohérents avec une réponse qui ne correspond déjà plus à ce que nous vivons.
Dire « ça dépend », c’est laisser de la place.
La place d’observer.
De ressentir.
De nuancer.
De changer.
Pendant longtemps, j’ai cru qu’il fallait entrer dans les cases existantes.
Aujourd’hui, je crois qu’il est parfois plus juste de créer la sienne.
Une case plus souple.
Plus nuancée.
Plus fidèle à ce qui est réellement vécu.
Parce qu’au fond, il ne s’agit pas de répondre vite.
Ni de trouver la réponse “juste”.
Il s’agit de répondre, avec transparence, à ce qui est réellement là pour soi.
Et si « ça dépend » était finalement l’une des réponses les plus honnêtes que l’on puisse donner ? 🌿
Jessalynn




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