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Je croyais ne pas aimer les gens

  • il y a 2 minutes
  • 3 min de lecture

Petite, mon enseignante avait dit à mes parents qu'il n'était pas normal que je sois aussi solitaire.

Que je ne me mêle pas facilement aux autres enfants.


C'était vrai.

J'observais beaucoup.

Je restais souvent en retrait.

Je ne parlais pas beaucoup.

Je n'étais pas celle qui courait spontanément rejoindre le groupe.


Mais aujourd'hui, je réalise qu'il manquait une partie importante de l'équation.

Car ce que l'on voyait de l'extérieur n'était qu'une petite partie de la réalité.

Ce qui ne se voyait pas, c'était l'intensité ressentie dans mon corps.

Les bruits.

Les mouvements.

Les émotions.

Vingt enfants avec vingt fonctionnements différents.

Pour un système nerveux déjà largement sollicité, cela représentait énormément d'informations à traiter.


Avec le recul, je ne suis pas certaine que ce retrait était un problème.

Je crois même qu'il était une manière intelligente de prendre soin de moi.

Avant d'entrer dans la danse, j'avais besoin d'observer la piste.

De comprendre les mouvements.

De sentir si j'avais suffisamment d'espace en moi pour rejoindre les autres sans me perdre.


Pour ma part, j'aime profondément la solitude.

Passer du temps avec moi-même est l'un des plus beaux cadeaux que je puisse me faire.

Ces moments me nourrissent.

Ils me permettent de revenir à moi.

D'amener suffisamment de silence pour pouvoir m'entendre.


Mais avec le temps, j'ai découvert qu'il existait une différence entre aimer la solitude et se mettre à distance du monde.


La première nourrit.

La seconde protège.


Pendant longtemps, je rêvais de vivre au fond d'une grotte.

Dit comme ça, cela peut paraître étrange.

Et pourtant, cette idée me procurait un immense soulagement.

Pas parce que je n'aimais pas les gens.

Mais parce que j'imaginais un endroit où il n'y aurait plus de bruit.

Plus de sollicitations.

Plus d'adaptation permanente.

Un endroit où je pourrais simplement être.

Avec le temps, j'ai compris que ce n'était pas le monde que je cherchais à fuir.

C'était surtout la sensation d'être constamment débordée par lui.


Lorsque l'on ne se sent pas à sa place.

Lorsque l'on se sent en décalage.

Lorsque chaque interaction demande beaucoup d'énergie.

Il devient tentant d'anticiper.


On refuse l'invitation.

On reporte l'appel.

On reste chez soi.

Non pas parce que l'on n'aime pas les autres.

Mais parce que l'on ne veut plus être débordé.

Parce que l'on sait le prix que certaines situations peuvent coûter ensuite.


Alors, petit à petit, on commence à organiser sa vie autour de l'évitement.

Et sans même s'en rendre compte, notre monde devient plus petit.



Ce n'est plus seulement le débordement que l'on évite.

Ce sont aussi les rencontres inattendues.

Les découvertes.

Les opportunités.

Les liens qui auraient peut-être pu naître.


J'ai longtemps cru que je n'aimais pas les gens.

Ou que j'étais faite différemment.


Puis j'ai compris que ce n'était pas le lien qui me faisait peur.

C'était la sensation de me perdre dans ce lien.

Ou de devoir devenir quelqu'un d'autre pour pouvoir en faire partie.


Je crois que la vraie question n'est pas :


Aime-t-on les autres ?


Mais plutôt :


A-t-on suffisamment d'espace en soi pour être en lien aujourd'hui ?


Être constamment entouré n'est pas une preuve d'équilibre.

Tout comme aimer la solitude n'est pas une preuve de déséquilibre.


Ce qui compte peut-être davantage, c'est notre capacité à nous écouter suffisamment pour ajuster la distance.

Ni fusion.

Ni isolement.


Un mouvement vivant.

Qui change selon les périodes.

Selon les besoins.

Selon ce qui se passe à l'intérieur de nous.


Je crois qu'avant de trouver sa place dans un groupe, il est parfois nécessaire de retrouver sa place en soi.


Et qu'à partir de là, il devient possible de rejoindre les autres non par obligation, mais par envie.

À son rythme.

À sa manière.


Dans des relations où l'on n'a plus besoin de choisir entre appartenir et rester soi-même.🌿


Et toi ?

Aimes-tu la solitude...

ou t'es-tu parfois mis à distance du monde parce que tu n'avais plus l'impression d'y avoir ta place ?


Jessalynn

 
 
 

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